CHINE PIERRE

was born in Senlis, France, and grew up near Fontainebleau, in a small village surrounded by flat fields...

BIO

chine pierre

Matières et lumières à travers le regard d’un oiseau en plein vol, ivre de par l’amplitude du ciel et son infini éther. L’azur enveloppé de son bleu désinvolte tantôt se lie avec les eaux, tantôt rompt avec la terre. L’immaculée plénitude de l’atmosphère vient narguer les presqu’îles, collines et bâtisses pixellisées de matières, fourmillantes de textures. Les structures architecturales tendent parfois à flotter dans l’espace immensément vaste, suspendues à une ligne d’horizon qui laisse parler le ciel, quand d’autres supportent l’appel écrasant de la voûte qui hurle son désir de fuite et dont l’écho ne trouve plus de résistance.

« C'était l'éternité que taquine l'instant » écrivait Victor Hugo dans son poème Les oiseaux. Cherchant à produire des possibilités autant narratives qu’émotionnelles, les œuvres de Chine Pierre sont définitivement empreintes de la notion d’espace-temps ; l’espace en tant que liberté, le temps en tant qu’éternité. Son travail pictural se tourne vers la réalisation d’ « un espace, un lieu dans lequel le spectateur peut se projeter pour y voir une histoire, susciter une émotion qu’il produise lui-même. » Nicolas De Staël écrivait « Je n’oppose pas la peinture abstraite à la peinture figurative. Une peinture devrait être à la fois abstraite et figurative. Abstraite en tant que mur, figurative en tant que représentation d’un espace » Si certains des « Landscapes » de Chine Pierre font écho aux Paysages de Sicile de Nicolas de Staël, d’autres plus vaporeux évoquent ceux de Zao Wou-ki. On y rencontre aussi une touche impressionniste et un clin d’œil aux paysages tumultueux et lumineux de Turner. Passionné par l’écriture, Chine Pierre insuffle à ses œuvres un côté narratif si bien que dans « Factorielle » et « Patchwork », les parties de tableaux sont volontairement interchangeables créant de nouvelles histoires pour chaque combinaison possible. Les mots ont également une importance. Issus de notes personnelles ou appartenant à des individus que l’artiste côtoie, Chine Pierre les exploite en les redécoupant et en les agençant selon l’inspiration du moment et ce principalement sur les tranches des tableaux.

La liberté stylistique de Chine Pierre tient à l’utilisation d’outils non conventionnels, une multiplicité de techniques et de matériaux atypiques. « J’utilise tout ce qui peut me tomber dans les mains. Pourquoi ? Parce que souvent dans ma vie, je n’ai pas eu les objets à ma portée quand j’avais envie de faire. Et finalement c’est bien comme ça. » Se servant rarement de pinceaux mais de chiffons, préférant de loin palper l’acrylique, l’artiste adopte également des objets insolites tels fourchette et aiguille à tricoter: « Quelque chose qui puisse faire une trace dans la peinture.» Jumelés aux techniques du collage, du grattage, du frottis et du tamponnage, ces accessoires inusités concèdent à réaliser des effets texturés ou estompés, empâtements, dégradés, glacis et lavis. Les objets les plus banals de la vie quotidienne sont transformés en véritables éléments artistiques de composition. Collages éclectiques de vêtements usés, boutons de vestes, tissus divers, papiers provenant de vieux magazines ou de notes écrites dévoilant une volonté d’utiliser des produits issus d’un processus de recyclage. Le procédé de création de Chine Pierre n’est pas sans rappeler celui qu’adoptent les artistes de l’Arte Povera utilisant des moyens légers afin de s’affranchir de contraintes économiques.

 Au-delà de se désir de reconversion des matériaux, il est question d’incorporer des éléments ayant une résonnance affective : « Dans mes tableaux, il y a toujours des choses intimes. Des morceaux de vie. De la mienne comme celles d’autres personnes (…) Si bien que dans mes tableaux se croisent et cohabitent beaucoup de monde ! » C’est en sens que la dimension la plus importante dans le travail de Chine Pierre est celle des relations humaines. Même s’ils ne sont pas toujours représentés, il y a toujours un ou plusieurs individus incarnés par la présence de parties d’objets qui sont personnels. Il n’est pas question ici de définir une vision du monde particulière ou une écriture picturale qui serait propre à l’artiste et uniquement tourné vers sa singularité. Non, le tableau devient un objet de relation à part entière tourné vers le spectateur et les individus. Ses « Portraits » élaborés d’un geste spontané et issus de sgraffites dans la peinture rapidement déposée sur le support, le réitérant par la même occasion, témoignent du désir de l’artiste de figer dans l’éternité l’instant de la proximité avec la personne et non la ressemblance physique de cette dernière.

C’est ainsi qu’entre l’immensité inaltérée des ciels et les petits détails qu’apportent les collages et les textures, Chine Pierre nous livre un univers à la fois brut et tendre, aérien et solide, riche et épuré. Stylistiquement inclassable, privilégiant un processus de création spontané et utilisant des moyens dits « pauvres », le tableau est avant tout objet de partage affectif et collectif. C’est un espace dans lequel nous sommes tous libres de fuir à travers une histoire ou une sensation, fuir un monde parfois trop dur, trop injuste, trop insensé tel que Camus le décrivait dans Caligula : « Maintenant je sais. Ce monde, tel qu’il est fait, n’est pas supportable. J’ai donc besoin de la lune, ou du bonheur, ou de l’immortalité, de quelque chose qui soit dément peut-être, mais qui ne soit pas de ce monde. »

Sarah Noteman, le 9 Novembre 2016